poèmes décembre 2019

Comment naissent les poèmes ?

Sont-ils apportés de gentilles cigognes cultivatrices de roses et choux ? Que nenni ma chère ! Les voies de la créativité ont des ressorts qui ne s’expliquent qu’à moitié. Ainsi le poème « Pagailles » est né de ma lecture d’un article sur le site Fabula. Evidemment si l’on me connaît et fréquente, on connaît les gaps et autres sauts quantiques que je suis capable d’exercer. Lol ! Il n’en reste pas moins qu’une ligne de mire reste figée sur l’idée d’un bonheur à conquérir et qu’il se génère d’une certaine idée de la vie qu’il y a lieu de défendre en ce monde perturbé des résonances climatiques, de la fureur démocratique des peuples et de nos asservissements économiques et consommationnels ( pas sur que ce mot existe !).

D'un petit courrier

Courrier de réaction à un article du site fabula à propos de la revue pagaille.

Je vous fais retour de votre article dont j’ai pris connaissance par mon alerte Google sur « livre numérique ». Je ne suis qu’un Candide passionné et curieux de tout et la lecture dudit article m’a occasionné écho à ce que je développe aujourd’hui ; une activité d’édition de mes écrits. Alors je me suis risqué à répondre brièvement à vos questions. 
 
la révolution numérique est-elle le sacre des “humanités”  ? »

Elle est à l’instar de tout réel , une complexité manifeste ! La sacraliser serait présomptueux  d’une transformation en nouvelle religion. D’où un vaste débat philosophique en perspective. Pour y répondre je dirai que l’absolu est un maître qui a nécessairement besoin de l’esclave nommé contingence. 

Le numérique est-il le rêve des humanités ?

Plus que partout ailleurs, les humanités numériques montrent autant l’étouffement de l’humain que l’articulation des sciences entre elles. Alors parler du rêve, c’est tenter de conserver un peu d’utopie vivifiante. 

Mon rêve de poète s’est de m’inscrire dans cette dynamique sachant que pour moi l’amour est « enfant de poème » et que c’est la chose ultime à tenter de préserver et de protéger.

Comment le texte numérique s'interprète-t-il ?

Comment un lecteur donné reçoit les textes messages ? C’est une question importante du « chant » de la communication. En tant que poète, sensible aux évolutions de la façon de lire « bouleversifié » par le ouèbe ( j’adore franciser les termes anglais) , je pratique souvent l’holorime et milite en quelque sorte pour une « autre phonie du langage » plutôt que pour une orthophonie. Je joue de la faille qu’il y a entre l’entendu et le su lu.
De là je renvoie, non un message mais une possibilité de communication interactive. Est-ce que ça marche ? Je n’en suis pas sur !

 Mais c’est un bonheur primordial que d’avoir accès au langage et de pouvoir s’exprimer. Et donc en soi c’est une réussite. Au niveau de l’estime de soi.Si j’évoque le « chant » , c’est que j’en appelle clairement au rêve par cette formulation mais le rêve se doit d’être pragmatique et lucide, sinon nous retombons dans l’exploitation de la science elle-même au profit d’une dictature de la technologie..

Les humanités ne servent-elles qu'à transmettre et à conserver ?

Ici, cela dépasse les limites de mon entendement. La folksonomie est pour moi une bête curieuse. Une sorte de yéti ou dahut . Mais à travers les lignes je me sens concerné, ne serait-ce que des mots de transmission ou de conservation. Je suis réservé sur l’idée d’intelligence collective et ce que j’achoppe plutôt c’est celle d’un nouveau langage de production de savoir.

Je m’y reconnais du poète que je suis devenu. Car le poème énonce souvent un savoir, voire une morale et quand j’utilise le mot de l’engage je l’associe à lent gage ou l’engage. Et je laisse liberté à l’autre de l’interpréter selon son bon vouloir. Car ma liberté commence là de ce que je m’autorise à en donner aux autres. 

Et arrivé à un tel point abscons de méditation, je ne peux que retourner à la poésie. D’où l’écriture du poème intitulé « Pagailles ». 

Poème: Pagailles



Pagailles universelles
Du ouèbe particulier,
Une science est sans ciel
Par fait d’humanités.

Tout est fendu fondu
Humanité d’errance !
En ses corps défendus
D’un langage par chance.

A l’interprétation
Je laisse le chant large,
La communication
Est un souci de barge !

Mettons nous à ramer
Au nom des transmissions
Et du bien conserver
Romantique dépression !

Poésie renaissance
Serait-elle mon seul cri,
Amour courtois de France
Oiseau tombé du nid !

Je rêve en numérique
Dans le chant du langage,
En des termes homériques
Où le sable est sans âge.

Je rêve d’une école
Dont les murs sont détruits,
A l’inversion des pôles
Il est déjà midi !

Je reste en la mouvance
D’une terre oubliée,
Poésie résistance
Au temps du nazifié !

Citation

Avec votre ferraille
On forge ces engins
Qui foutront la pagaille
Parmi ceux du voisin

(Boris Vian, Le Petit Commerce, 1955)